L’atelier d’écriture continue de s’exprimer

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Dernière mise à jour : 25 mars 2020

Même confinés, les membres de l’atelier d’écriture du Centre Culturel Baschet poursuivent leur(s) œuvre(s).

Selon le principe de cet atelier, ils rédigent des textes sur des thèmes qu’ils se donnent. Le sujet sur lesquels ils ont choisi de s’exprimer en ces premiers jours de confinement est “Confinement / Sur les murs”. D’autres suivront, ils seront publiés ici en espérant que ces textes, comme le dit l’équipe de l’atelier, “amèneront de la légèreté dans les foyers qui en ont bien besoin”.

Les textes appartiennent à l’atelier d’écriture, ils ne peuvent en aucun cas être copiés sans son accord.

Thème #1 : “Confinement / Sur les murs”

Pour le plaisir,

Il était petit, très petit,
Mais entêté et leste.
Elle était minuscule
Et contemplative.
Fut-ce hasard ou nécessité ?
Volonté ou fatalité ?
Toujours est-il
qu’ils s’unirent
Pour le meilleur et pour le pire,
Et qu’il fallut bien du courage
Après neuf mois de confinement,
A ce petit d’homme pour sortir la tête
Et affronter la vie…

FLORE
20/03/2020, c’est le printemps…


Pause

L’air est pesant
Le temps est suspendu
L’agitation fait place à la pause.

On dirait l’irréel, le surréalisme devenu réel
On dirait que l’inattendu n’attend plus
On voudrait tout à la fois.

Et si l’oiseau volait mieux ?
Si la nature reprenait ses droits ?
Si seulement, la pause n’était que salutaire ?

Quand le temps a suspendu son vol
Quand il faut réinventer tout
Quand il faut réaliser le monde.

Olga
20/03/2020


Potentiellement

Dis donc, tu sais que je suis devenue potentiellement porteuse ?
Mais comment ont-ils pu en douter une seconde ?
Moi ? Mais moi, j’ai toujours porté en moi et sur moi des potentiels !
Sauf qu’avant, on ne me demandait pas mon avis. Ah ben non ! Surtout on ne va pas me parler de mes potentiels.

Mais moi, j’en porte des petits trucs et des potentiels bidules.
J’en porte sur chaque partie de mon corps.
Des durs, des doux, des rugueux, mes potentiels sont hyper nombreux et parfois même très prétentieux mais chut… !! Ils se reposent très tranquillement sur mes membres, ne se montrent pas souvent.
Je vais finir par croire qu’ils sont fatigués, tellement ils se reposent.
Heureusement, de temps en temps, ils sont un peu douloureux pour me rappeler qu’ils sont bien vivants !

Et maintenant, le Gros monde dit pause.
Alors mes potentiels s’imposent et m’obligent à me dévoiler, dans ma plus grande intimité.
Pause, il faut faire pause.
Prendre le temps et mesurer nos potentiels, les miens, les vôtres, les nôtres.

Alors oui, je m’arrête et m’impose d‘être une potentielle porteuse, de temps et d’espoir, d’amour et de rage, de blanc comme de noir.
Dans quelques jours, semaines, mois, nous redeviendrons des anonymes et pourtant je vous le jure, nous resterons tous potentiellement porteurs, porteuses, de grandes et belles choses.

En attendant, j’attends et j’entends avec impatience, le jour où nos petits cœurs se remettront à battre, à cogner tous ensemble, la fin de cette indescriptible pause.

Claire


Sur les murs

Cela faisait plusieurs semaines qu’elle était confinée, seule, dans son petit appart. Elle avait envie de lumière, de verdure, de soleil. Elle avait envie de mordre, de faire mal, d’être la vilaine que tout le monde craint mais qui se fout des règles. Elle avait envie de flinguer tout le monde. Elle avait envie de chopper ce putain de virus et de le transmettre à tout le monde, d’être le vecteur de la fin du monde. Pour ce que les hommes s’étaient bien débrouillés sur cette planète ! Cette dernière irait beaucoup mieux sans eux.

Au lieu de ça, en bonne petite fille qu’elle était, qu’elle avait toujours été, elle se mit à écrire sur ses murs. Ses rêves, ses envies, ses révoltes… Petit à petit les murs se noircissaient. A la fin de la journée, épuisée, elle alla se coucher.

Un matin, au milieu de son écriture noire serrée, stressée elle découvrit une ligne rouge sang. Tout d’abord cela la figea sur place. Comment était-ce possible ? Qui avait accès à ce lieu intime ? Elle qui aurait tant voulu de la compagnie, redoutait désormais l’intrusion de son domaine.

Tout d’abord, elle alla chercher des couteaux de cuisine, les gros, bien aiguisés. Ceux dont elle n’aimait pas se servir, tant elle craignait d’y laisser un doigt en coupant les rôtis.

Puis, elle se prépara une grande tasse de thé brûlant et s’assit sur le canapé en face de son mur.

Elle touilla son thé qui n’avait pas de sucre et enfin, elle se décida à lever les yeux pour déchiffrer ces mots qui hurlaient sur le mur. Ses yeux firent d’abord le tour des phrases qu’elle avait écrites tous ces jours de confinement.

“Je me sens abandonnée” “Personne ne me regrettera” “si je pouvais, je descendrais dans la rue et je tirerais sur tout le monde” “La vie vaut-elle d’être vécue lorsque tu n’as que 4 murs pour rêver ?” “J’ai jamais demandé à vivre moi ! ”

Toutes les autres phrases étaient à l’avenant… Elle avait envie de pleurer, le cœur au bord des lèvres.

Pourtant, la guerrière qui n’était pas encore tout à fait morte en elle, releva la tête.

Elle fixa cette ligne rouge qui lui semblait comme une coupure sur son poignet.

Elle lit….

LE PRINTEMPS EST LÀ”

 Incrédule, elle réalisa qu’elle avait retenu sa respiration et insuffla un grand bol d’air. Vraiment ? C’est ce qui était écrit ?

LE PRINTEMPS EST LÀ

Alors, en elle, comme si ce printemps faisait germer des petites pensées douces comme ces fleurs qui percent le sol encore presque gelé pour signaler que tout se réveillait, la phrase fit écho en elle.

LE PRINTEMPS EST LÀ

Elle se leva, ouvrit sa fenêtre. Les rues étaient toujours aussi vides, mais les arbres avaient des allures de tulle, les branches se couvraient d’un brouillard vert tendre. Au pied des arbres, des fleurs faisaient leur apparition.

LE PRINTEMPS EST LÀ

Les oiseaux gazouillaient doucement. Un chat qui passait dans la rue s’arrêta et lui jeta un regard couleur doré, comme pour lui dire “alors, qu’est-ce que tu attends pour célébrer la renaissance de la vie ?”

LE PRINTEMPS EST LÀ

Alors, se rompit en elle un barrage qui l’avait enfermée dans une tour noire. Elle réalisa qu’elle avait été très près de sombrer dans la folie. Elle pleura beaucoup, elle rit aussi, de façon hystérique. Elle relit ce qu’elle avait écrit sur ses murs et frissonna.

Puis elle sortit ses toiles, ses pinceaux et commença des tableaux de fleurs, de parcs, d’enfants qui jouent.

Elle mit son téléphone en charge pour appeler ses amis. Elle constata qu’elle avait des dizaines de messages desdits amis.

Elle décida de faire des crêpes, LA panacée à tous les maux.

LE PRINTEMPS EST LÀ

Elle se mit en demeure de nettoyer ses murs, ne laissant que la phrase en rouge

LE PRINTEMPS EST LÀ

Ça y est, elle pouvait enfin vivre, même dans ce petit espace, même entre ces quatre murs. Plus rien ne lui faisait peur

LE PRINTEMPS ÉTAIT ENFIN LÀ !”

Marylo


La vie des hommes

La vie des hommes s’est tue
Leurs activités, leurs bruits se sont mis sur pause
On s’en trouverait tout nu
Obligés de s’isoler faute au coronachose
Mais nous redécouvrons la vie
Entendons à nouveau les oiseaux
Et savons que cela n’a pas de prix
Comme l’onde coulante du ruisseau
Percevons le bruissement des feuillages
Et le bruit si doux du vent
La terre à repris jusque dans l’éclosion des fleurs
Les seuls bruits de tout sont vivants
Et nous entendons enfin battre nos cœurs
Car nous sommes et demeurons vivants

Gérard


MURS MURS

 Il était une fois, dans un petit bois,

Il était une fois, pas très loin de chez moi,
Des murs de parpaings gris et tristes
Qui attendaient ces jeunes artistes

Armés de bombes multicolores
Qui taguaient encore et encore
Rêves, espoirs, peur de la mort.
Les lettres étirées devenaient décors.

Il était une fois, dans ce petit bois,

Noyés dans ces vives couleurs,
Bien cachées, j’y ai lu tes douleurs,
Les violences encaissées,
Message à ton violeur,
Proche qui aurait dû te protéger.

FLORE
24/03/2020


USTARITZ 1er mars 2020

Sur ma terrasse, face à moi, les branches dénudées des chênes centenaires laissent poindre quelques excroissances sur les extrémités de leurs frêles branches.
MARS, mois miracle éveille la nature
MARS voit poindre le vert tendre et prometteur d’où l’écrivain et le peintre feront jaillir tant d’émotions.
Le scénario est en place : nous guettons l’hirondelle, le film sera chef d’oeuvre, la tourterelle le roucoule.
MARS est à moitié : les giboulées s’espacent, le vent cesse, tout se fige, nous ne comprenons pas.
MARS est inquiet, il nous exhorte au courage.
Il va continuer ses miracles malgré la venue d’un intrus qui va nous obliger à un confinement prolongé.
Nous sommes tous « blanchette » que Seguin veut sauver et n’aspirons qu’à une chose VIVRE EN LIBERTE.
L’enclos semble petit et le temps se prolonge, nos regards portent au loin, accrochent l’arrondi de cette belle montagne Arzamendi et de sa voisine à la crête pierreuse appelée Mondarrain.
Nous sommes tous « blanchette » impatiente de remercier MARS pour les belles asphodèles qui embaument et flattent le regard, de découvrir les jeunes fougères fraîches et belles.
L’herbe tendre nous invite au repos en observant le premier envol des oisillons, et plus haut, très haut, le vautour cherchant sa proie.
MARS nous apprend que COVID ne sait pas terrasser l’espoir.
NOUS REVIVRONS.

Alors :
Goazen
Alleluia
Innchalla
MILESKER MARS

(Goazen : allons-y / Milesker : merci)

Jean-Pierre
24/03/2020

 


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