L’atelier d’écriture continue de s’exprimer

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Dernière mise à jour : 30 décembre 2020

Dans le contexte actuel de reconfinement, les plumes de l’atelier d’écriture du Centre Culturel Baschet poursuivent leurs travaux mais sans pouvoir se réunir : ils partagent des thèmes et leurs mots de manière numérique et connectée.

Tous les quinze jours, ils publient ici leurs écrits.

Les textes appartiennent à l’atelier d’écriture, ils ne peuvent en aucun cas être copiés sans son accord.

Thème #2 : en rire pour ne pas pleurer

“L’humour, c’est l’arme blanche des hommes désarmés ; c’est une déclaration de dignité, de supériorité de l’humain sur ce qui lui arrive.” Romain Gary

“L’humour noir, c’est commencer par rire de soi, de ses misères à soi et des choses dont on a peur.” Pierre Desproges

Nous sommes confrontés, au cours de notre vie, à des situations difficiles à vivre, graves ou moins graves : un carnet de notes catastrophiques, une engueulade, un licenciement, un accident, la vieillesse…

Notre propos est d’utiliser l’humour pour traiter cette situation, en utilisant un registre léger, caustique, loufoque ou celui de votre choix …

L’objectif de cet atelier est donc d’en rire de toutes les couleurs.


– RIRE JAUNE, HUMOUR NOIR, VERT DE PEUR, VIE EN ROSE, on en voit de toutes les couleurs ! Mais si, mais si, nous vivons une époque formidable !  Formidable pour qui ? Pour nous et les ateliers d’écriture : tous ces mots nouveaux ou peu utilisés qui envahissent le devant de la scène.

DISTANCIATION – laid à l’oreille et piège pour l’orthographe-

PRESENTIEL – celui -là aussi cache une certaine traîtrise ; s’il s’agit de la présence, alors pourquoi un T plutôt qu’un C ?

PROCHE : justement les proches, il ne faut pas les approcher

CON-finement : oxymore, risquons CON-grossièrement : pléonasme. Désolée de malmener les mots ; si je manque d’humour, eux en ont assez pour se laisser faire et c’est étonnant tout ce qu’on peut imaginer avec eux : les triturant, les traquant, les assemblant ; ils sont futés et se dérobent, s’imposent parfois, se font aimer ou détester, émergent d’un long enfouissement de mémoire… Certains n’hésitent pas à changer de sexe, par exemple

Le COVID est devenu “la” COVID

PRENEZ SOIN DE VOUS et des autres ?  Non ???

IMPACT, dans le pare-brise, ce n’est jamais qu’une petite étoile et voici que toute la vie est impactée et on n’est pas content d’avoir une vitre criblée d’étoiles !

ZOOM, SKYPE, WHATSAPP : toutes ces merveilles aux CON-sonances anglo-saxonnes qui relégueront le téléphone au rayon des antiquités ; besoin insatiable d’images, la vue le dispute à l’ouïe. Le visage a son langage et dans ce que l’autre glisse à l’oreille, tout n’est pas dit…Une vraie communication convoquerait tous nos sens ; il nous faut donc toujours plus ; consumériste impénitent, quitte à dépouiller l’autre, à épuiser la planète, à piller nos ressources communes…Nous vivons une époque formidable, tous invités au bal – MASQUE- bien sûr !

COLETTE  26/11/2020


RIRE DE TOUTES LES COULEURS

Rire pourquoi pas

Idiotement le plus souvent

Rire avec toi

Encore et encore

Difficilement ici bas

Eternellement peut être là-bas

Toujours et plus encore

Occupationnellement ?   Non, même pas !

Universellement bien sûr !

Totalitairement pas trop sûre

Emerveillement sans aucun doute

Sourire à tout va

Longuement à Casablanca

Encore à Malaga

Sourire près du lac Titicaca

Contagieusement à Paris

Ou peut être avec vous ici

Urgemment  il faut le dire

Le rire a parfois du mal à venir

Ecouter les enfants

Ubuesquement

Rire avec eux plus souvent

Souvent souvent souvent ………..

 

Danielle – 26/11/2020


Panne des sens

Je me présente à vous, moi,  seul sur scène, et vous, parterre.

Je m’appelle Paul Desproges, je suis le  frère qu’il n’a pas eu, un frère virtuel qu’il a aimé, en vérité. Nos initiales sont les mêmes, ce dont Pierre ne s’est jamais vanté.

On me dit  qu’aujourd’hui dans la salle il y a des individu-e-s privé-e-s de sens, de goût ou d’odorat par exemple.

De goût, je m’en doute tant  le bon goût se fait rare en nos époques tourmentées. Regardez autour de vous, les tripes au roquefort et la daube de bœuf bourguignonne ne font plus recette chez les verts qui ne boivent plus de rouge, seulement du jus de betterave. Et encore, uniquement les jours de fête.

Pour  l’odorat c’est la question du vivre ensemble, de la cohabitation qui est posée, tant les humains ne se sentent plus les uns les autres : entre rouge et noir, entre blanc et jaune qui sortent pourtant de la même coquille, entre sceptiques et anti-sceptiques; entre l ‘OM et le PSG (là, c’est normal).

Y a t il des sourds parmi vous? Je dis ça parce que la surdité n’a pas que des inconvénients, elle protège  des commentaires superflus, elle  favorise la création. Prenez LVB, pom pom pom pom, par exemple, il composait avec une baguette entre les dents afin de saisir les vibrations du piano, sans être distrait par les sonneries du téléphone.

C’est ce qu’il m’a dit récemment quand je l’ai interrogé, avant de rédiger cette note.

Et il a ajouté :

Je n’ai su quoi lui répondre.

Peut-on encore repousser les limites du rire en désacralisant la bêtise, je vous pose la question, vous qui êtes installés dans une confortable pénombre.  Pierre Soulages (un copain du PS)  s’est mis à peindre du blanc à défaut de peindre un noir absolu.

Y’a comme un blanc dans la salle et ce n’est pas flatteur pour lui. Ça rit jaune ?

Abandonnons l’humour au premier degré (je pense ce que je dis), fuyons le second (je ne pense pas ce que je dis) et passons au troisième( je ne pense pas ce que je dis quand je dis que je ne pense pas ce que je dis).

Privilégions désormais les sens uniques et respectons les sens interdits.

L’un des sens du rire, c’est d’enlever du sens aux mots . Pour tenter d’atténuer nos maux ?. Je ferai circuler en fin de séance une version papier pour que tout le monde comprenne bien.

On pourrait continuer longtemps ces jeux de rôles, mais il se fait tard pour un couche tôt.

Je vais faire l’humour tout seul, dans le noir, avant de tomber en panne des sens.

Francis


Alors qu’Albert LEBRUN déclare que nous sommes en guerre contre l’Allemagne Emmanuel MACRON déclare que nous sommes en guerre contre le Covid 19. Et s’ensuit une incroyable pagaille !

Au moment  où Pétain fait signer l’Armistice et demande à cesser les combats,  Denis Renault  affirme avoir trouvé un traitement efficace contre l’ennemi : l’hydroxychloroquine.
Churchill voulant rester maître de la situation et trouvant ce mot imprononçable déclare « Je suis toujours prêt à apprendre bien que je n’aime pas qu’on me donne des leçons »

Les Ausweis Bitte et les Autorisations de Déplacement dérogatoire deviennent obligatoires, de nombreux français sont perdus entre la ligne de démarcation et la bonne case à cocher, c’est qu’il ne faut pas qu’ils se trompent au risque d’ un bon moment de frousse face à l’uniforme ! Robert se demande si la ligne est à Saint Briet les Craux ou à Feret. Germaine le met en garde « Te trompe pas, tu ne dois pas faire plus de 5 kms » Quel casse-tête !

Arrivent les tickets de rationnement ! Germaine en ménagère prudente à constitué un stock de 236 rouleaux de papier toilette, 28 kilos de farine et autant de sucre poudre. Robert se lamente de devoir donner des tickets en échange de son paquet de tabac, de son sachet de bonbons, sa femme le rassure, elle échangera quelques rouleaux roses, à bon prix bien sûr !

En mars Pierre Brossolette décède à la Pitié Salle Pétrière, seul dans son lit tandis que à l’étage en dessus le Professeur Eric Dupont, bien calé dans son gros fauteuil annonce une catastrophe sans précèdent, la guerre n’est pas terminée ! Il va falloir appeler l’Armée en renfort. Le 18ième régiment de chasseurs à cheval arrive ! Dupont est furieux ! Quel est l’imbécile qui a donné cet ordre, est-ce qu’il pense qu’on va transférer les malades tubés sur des chevaux ! Le Ministre de la Santé est limogé !

En  Mai le projet d’une union franco britannique proposé par Jean Monet est abandonné de même que le port du masque chirurgical  jugé inefficace. Seul le lavage des mains peut nous sauver. En juin l’Allemagne annexe autoritairement l’Autriche et le Premier Ministre  intervient autoritairement à la télévision : le masque devient obligatoire dans les magasins et tous les lieux publics,

Le Général de Gaulle part en Angleterre afin de coordonner l’action du Royaume uni à la poursuite des combats, à ce moment il ne sait pas que 1046 marins patrouillant à bord de son porte avion  se trouvent infectés par le virus ! Il est furieux. Le Ministre des Armées est limogée sur le champ ! Churchill lui dit
«  Quelle idée de mettre une femme à la tête des Armées »
Lassé par tous ces contretemps de Gaulle lance un appel : Il convoque tous les médecins, Généraux, Ministres à une visioconférence au cours de laquelle chacun donnera son avis afin d’aboutir à une situation claire et paisible. Malheureusement ce n’était pas la bonne Fibre.

FRANÇOISE  – 26/11/2020


En rire après en avoir passé par toutes les couleurs.

Souvent, dans une histoire, j’invente un peu, ou j’enjolive un chouilla les faits pour pimenter le récit. Et souvent ça passe, parce que j’y mets le paquet, le ton. On me croit, rubis sur l’ongle.

Mais là, promis craché, tout est vrai ! quelquefois la réalité est beaucoup plus déjantée qu’une affabulation.

Tout m’est vraiment arrivé de ce qui suit, en totale absurdie !

J’avais, allez.. 25 ans tout bien pesé ! j’habitais Montlhéry et je travaillais avenue d’Ivry dans le quartier chinois des grandes tours du 13ème.

Seul le fameux RER C était à ma disposition. La ligne 14 n’avait pas encore été inventée et mon trajet jusqu’à la porte d’Ivry comportait 3 lourds changements de longs couloirs bondés.

Je suis d’un tempérament calme, mais ça commençait à me gonfler grave de marcher matin et soir au pas rythmé de bon petit soldat dans une armée hargneuse de voyageurs, qui ne sentaient pas toujours bon. Être bousculée, écrasée, ou devoir jouer les flamands roses sur un pied autour de la barre pool dance du métro dans un wagon surpeuplé me rendait hargneuse rentrée.

A la recherche d’un minimum d’espace plus vital, je me suis rabattue un temps sur un nouveau trajet, en prenant un car qui partait de la n20 de Montlhéry, jusqu’à la porte d’Orléans et vice versa. Je prenais ensuite un bus jusqu’aux mangeurs de canard laqué.

Un soir, où je courais gentiment sur le trottoir Porte d’Orléans en surfant entre le rideau compact de passants pour choper au vol mon car retour de 18 H, j’ai aperçu au dernier moment un fou qui sprintait à tout berzingue en sens inverse face à moi. Et pour ne pas me le prendre en pleine tronche, ma mère m’avait trop bien élevée envers mon prochain, j’ai freiné à mort des 4 fers. Mon talon s’est encastré dans les grilles rondes destinées au pipi des chiens cernant le pied d’un peuplier anémié au milieu du trottoir. Ma cheville, surprise, a voulu continuer la rotation équilibrante du pied figé et j’ai entendu distinctement 3 cracs successifs distingués avant de m’écrouler sans grâce sur le bitume parisien.

J’ai voulu me relever aussitôt mais la douleur fulgurante m’a fait retomber comme un paquet de linge sale.

L’agent percuteur s’est arrêté pour me fixer deux secondes, perplexe, puis a détalé dans la foule devant le spectacle lamentable que j’offrais et qu’il ne voulait surtout pas cautionner. Du coup, j’étais la pocharde sur le trottoir que les passants menaçaient de piétiner ou qui les faisaient faire un détour dégoutté.

C’est à ce moment-là qu’un jeune homme s’est interposé entre moi et les piétons. Il a enlevé sa casquette comme pour faire la quête auprès des curieux, en disant :

– n’ayez crainte, cette jeune femme n’est qu’une de vos semblables, épargnez là ! Tout en demandant au garçon de café de prévenir les secours.

Il a été top franchement, présent, protecteur, humoriste et compatissant sans pathos jusqu’à l’arrivée du camion rouge des pompiers. Il était à la terrasse du café et avait vu toute la scène.

Juste avant d’être embarquée dans le fourgon des pompiers qui ont conclu « fracture », il m’a glissé ses nom et téléphone sur un papier en me disant :

– je peux vous servir de témoin en cas de besoin. Et je lui ai donné mon numéro à sa demande, pour le tenir au courant.

On a juché mon corps pantelant dans le camion à sirène. Les pompiers ont mis beaucoup de temps à se dégager de l’embouteillage géant de l’heure de pointe. Ils guettaient tous par la fenêtre les voitures pour s’extraire de la circulation et n’ont pas vu, du coup,  que je glissais évanouie sur le plancher.

– Ça, ça devait pas être bon pour la cheville ai-je eu le temps de penser. J’ignorais que je n’en étais qu’au début du calvaire.

Ensuite nous sommes arrivés à l’hôpital Cochin. J’ai été prise assez rapidement en charge, on m’a mis une attelle pour soulager ma jambe, qui a murmuré merci aussitôt. A la radio ils ont dit :

– triple fracture en torsion.

Aussitôt une infirmière est venue m’avertir qu’ils ne pouvaient pas me garder là, car ils étaient surchargés et qu’ils allaient m’expédier dans une clinique à Antony où un des leurs professait désormais. Mais elle a ajouté :

– une attelle c’est une attelle pour nous, je suis désolée mais il faut que je la récupère car on va me demander des comptes demain matin

Devant mon air ahuri elle ne s’est pas démontée et a redéveloppé ma cheville énorme pour un bandage beaucoup moins soulageant. Ça promettait !

Deux heures plus tard, une estafette sale et pourrie, (le pare choc pendait, elle avait pris des coups) me chargeait pour Antony. Je ne sais pas comment les chauffeurs se sont débrouillés mais j’ai eu l’impression de faire le trajet uniquement sur des routes pavées qui faisaient tressauter le véhicule aussi grinçant que ma mâchoire crispée. Et je soulageais tant que faire se pouvait ma jambe en la tenant surélevée de mes deux mains pour ne pas ressentir puissance 10 tous les soubresauts.

Arrivés enfin à la clinique d’Antony, je notais en entrant qu’elle s’appelait la Providence ! je n’avais pas trop envie de faire de l’humour mais je me suis dit, sur mon lit roulant, que ça devait être plutôt bon signe car dans l’entrée, tout le personnel semblait s’être réuni dans le hall pour festoyer au champagne. L’ambiance était très joyeuse. Je fus conduite au premier étage jusqu’à une salle tout en longueur, emplie d’une quarantaine de lits à touche-touche, entre lesquels le brancardier perplexe vit qu’il ne pourrait pas passer avec le brancard ni même une chaise roulante pour m’amener au seul lit disponible, celui tout au fond bien sûr. Ni une ni deux, il me prit à la hussarde dans ses bras pour m’y porter. Je ne vous raconte pas la protestation de ma jambe pendante !

Et j’attendis, j’attendis. Les heures passaient. Les malades des autres lits, geignaient, râlaient, pétaient et personne ne venait. La douleur devenait criante. Sur le coup minuit, je vis enfin un infirmier venu pour me déshabiller. Même ma pudeur légendaire s’en foutait complètement ! Comme ma cheville ressemblait à un ballon de rugby, il me dit qu’il fallait découper mon beau pantalon pat d’eph (que je venais d’acheter la veille et d’ourler de mes petits doigts maladroits) afin de la sortir. J’étais quelque peu déprimée. J’ai pu lui demander d’appeler mon compagnon qui devait être fou d’inquiétude pour lui dire où je me trouvais. Je grelottais de douleur et de froid maintenant, pendant qu’il allait me chercher une chemise de nuit d’hôpital.

Une heure plus tard il revenait, en me disant qu’il n’y avait plus de chemise de nuit dans la clinique ! Là, j’ai pété un câble et lui ai crié que j’étais gelée qu’il fallait qu’il se débrouille à tout prix pour me trouver des fringues. Il est revenu un peu après, avec mon compagnon sur les talons, muni d’une énorme blouse verte de chirurgien qu’ils m’ont enfilé à deux, tant bien que mal. Paul s’est écrié :

– mais c’est pas possible, je ne peux pas te laisser là !

Exténuée, j’ai murmuré :

– On ne me bouge plus maintenant, je n’en peux plus ! Le chirurgien va m’opérer demain à l’aube en principe.

– Après une nuit blanche et angoissante où j’ai juste eu droit à un calmant, j’ai vu arriver vers 10 h du matin, le chirurgien. Très très bel homme, brun aux yeux sombres et chauds. Qui m’a dit :

– Moi je suis prêt depuis 7 h 30 à vous opérer, mais y’a un problème. Y’a plus d’eau dans la clinique. Ils ont fait des travaux dehors et ont endommagé les canalisations !

C’en était trop, une larme a dégouliné. Il m’a caressé le front en me consolant et m’invitant à la patience, qu’ils allaient vite réparer.

– Les canalisations, oui, mais ma cheville ? ai-je questionné, car je savais que plus le temps passait moins le boulot était facile !

A midi, souriant comme un Dieu, il est revenu, manches retroussées en m’exhortant :

-Allez c’est bon, on passe au bloc !

Quand je l’ai revu, 4 heures plus tard, il m’a dit d’un ton amusé :

– Eh ben c’était une sacré affaire votre cheville : après avoir joué plus de deux heures avec tous vos osselets éclatés, j’ai fini par jeter l’éponge et j’ai tout refermé ! En principe vous ne devriez pas boiter par la suite si j’ai bien bossé.

J’avoue avoir goûté moyen-moyen son humour, en pensant :

–  ou la la la, bonjour la suite…avec mon bol !

La suite, ben ça a été l’immobilisation, les douleurs, l’attente, un début de rééduc, ponctués quand même par d’autres épisodes de oufs dans cette clinique qui méritait bien son nom de PROVIDENCE. Ça devait être mon karma depuis le début de l’histoire : je revois entre autres ces deux infirmiers qui faisaient la course jusqu’à la radio dans le long couloir blanc, chacun poussant à fond son fauteuil avec son endommagé (dont moi). Pétrifiée, je visualisais déjà les images de bascule des bolides et de re-cassage de la cheville.

Et puis il y a eu le retour un jour à la maison, avec deux béquilles encombrantes, et ma crise de nerfs en ne savant pas quoi faire avec pour continuer à vivre, bouger, saisir les objets. Bien empotée l’handicapée !

Fort heureusement, rapidement j’ai réussi à maîtriser le balancement des hanches, et je me suis développée de vraies épaules de nageuse.

Puis il y a eu le harcèlement gentil téléphonique de mon témoin d’accident qui était tombé amoureux de sa blessée. J’ai fini par lui passer mon compagnon au fil un jour pour stopper son trop plein d’amour.

Heureusement, il y a eu les petites embellies : les visites de contrôles, où je revoyais mon beau chirurgien, auquel j’abandonnais ma patte molle un peu plus longtemps que permis sur son genou, car il avait un charme pénétrant et m’avait fait du bon boulot en final. Je ne boitais pas et j’avais même obtenu une rente d’handicapée auprès des organismes médicaux tellement ma cheville enflée les avait scotchés chez une aussi mignonne petite jeunette.

Ça a fini par désenfler petit à petit, ça me rappelle toujours un peu à l’ordre les jours d’humidité, mais j’ai pu reprendre ma marche et même trottiner à nouveau, ailleurs bien sûr que sur les trottoirs de la porte d’Orléans…

Vous savez quoi ?  J’avais toujours pensé que cette histoire à rebondissements était digne d’être écrite, voilà chose faite et c’est libératoire en prime ! merci à nos chefs d’écriture pour cette autorisation légalisée !

Jacqueline – 26/11/2020


EN RIRE POUR NE PAS EN PLEURER.

Comme d’habitude, il savait que ce serait des cris, des remontrances, la soupe à la grimace. Il réfléchit…

L’enfant arriva dans la salle à manger et il posa trois feuilles sur la table.

« –       Est-ce qu’on peut jouer à un jeu que je viens d’inventer ? »

Les parents se regardèrent.

« –       Euh, maintenant ?

– Oui, j’aimerais bien. Oh dites oui…. On fait rarement des choses tous ensemble. Ce serait l’occasion !

Il leur fit ce regard tout à fait craquant auquel, il se savait du haut de ses dix ans, peu de personnes résistaient…

Les parents sourirent.

« –       D’accord, on joue à quoi ?

– Nous allons poser une question à tour de rôle, la noter sur la feuille et y répondre ou pas. A la fin du jeu, celui qui a le plus de points a gagné.

– OK »

dirent les parents

Et tout le petit monde se mit autour de la table. Les parents trouvaient des questions auxquelles le garçon pouvait répondre.

Le garçon, quant à lui, posait des colles à ses parents, qui s’en amusaient. Qui n’avait jamais tenté, lorsqu’il était enfant, de « coller » ses parents ?

Au bout du compte, ce fût la mère qui gagna, suivie de près par son fils et le père finit bon dernier, en trichant un peu à rebours, pour que son fils ne termine pas dernier.

Le fils ramassa les copies,  remercia ses parents et partit dans sa chambre.

Il revint une heure plus tard et leur tendit son carnet de notes. Le résultat était très moyen dans l’ensemble, avec des notes vraiment lamentables dans certaines matières comme la géographie, l’anglais…

Les parents regardèrent les notes, levèrent les yeux et s’apprêtèrent à sermonner leur fils, sur le fait qu’être scolarisé était une chance que tous les enfants n’avaient pas, que ce qu’il apprenait en ce moment, était un socle qui l’aiderait toute sa vie, etc….

L’enfant les écouta puis il sortit les feuilles remplies précédemment par ses parents. En face de chacune de ses questions, et là où les parents n’avaient pas su répondre, il avait mis une note et une appréciation.

Les parents le regardèrent d’abord interloqués, puis la colère monta et enfin, quand ils virent l’expression angélique de leurs fils, ils éclatèrent de rire.

« –       D’accord, leçon comprise Monsieur Adrien.

–          Allez viens donc voir avec moi ce qui te pose autant de souci dans la géographie lui dit son père

– Et après, nous regarderons l’anglais dit sa mère. Et je pense que nous allons prendre rendez-vous avec ton professeur principal dès la semaine prochaine. »

MARYLO – 26/11/2020


INDECENCE OSTENTATOIRE

En rire pour ne pas en pleurer, tu parles d’un sujet mais bon sang pourquoi je me suis fourrée dans ce bourbier en plein confinement, je suis tranquille, pénarde chez moi à faire ce qui me plait, Aucune obligation de sortie autre que les besoins purement alimentaires, le must.
Je savoure et ne souhaite pas contaminer mes proches de cette forme d’inaction certes temporaire. Je savoure ce temps qui passe, je tire ma flemme, une pause qui me réjouit.
Bon sang, pourquoi je me suis inscrite à cet atelier d’écriture qui me poursuit jusque dans mon confinement, ma bulle de paresse, le zéro contraintes sauf celle de ne pas contracter ce virus et surtout pas le refiler, là je crois que j’en pleurerais de culpabilité.
Mais quelle idée que cet atelier d’écriture, zut, c’est «qui qu’à» eu l’idée à Saint-Michel de créer un truc pareil. D’accord, je suis très légèrement et uniquement sur les bords de la mauvaise foi mais çà soulage, C’est un atelier de torture voilà ! qu’on se le dise et flûte alors.
Tant pis pour les bien pensants ça me fait bien suer de devoir disserter sur cette union des contraires et je pense, lors de la prochaine réunion du groupe d’atelier de torture, proposer la création d’un syndicat. Faut bien qu’on se défende. Que j’vous dise ils en profitent bien les Marie Lo et Francis tranquilles chez eux à nous faire bosser. Ah quand je les aurai en face on verra bien s’ils vont en rire de leur sujet de m….. Je jubile déjà sur ce moment et rassurez-vous elle est, pour l’instant, bien loin de moi l’idée d’en pleurer Pfff…..

Anticonformiste non, de mauvaise humeur non plus, sarcastique un peu ou beaucoup, contestataire à discuter, mais indignée çà oui !
Alors comment faire pour m’en sortir de ce pétrin ? Pas envie de faire un hors sujet mais d’être en dehors du sujet, loin, très loin, l’oublier. et là je choisis d‘en rire jusqu‘à seulement presque en mourir, faut pas trop m’en demander.
Et puis j’ai qu’à dire que mon ordinateur est en panne, que j’ai jeté au feu (de la paresse) cahiers et stylos, que mon mari a oublié de me parler du sujet, que j’ai 39 °de fièvre, que je suis contagieuse même au travers de mes écrits . C’est vrai, parfois les mots sont virulents.
Nonobstant, vous avez mon accord pour publier ce pamphlet et je veille à ma liberté d’expression. Ce droit est garanti par la Convention Européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme (article 10) et par un Protocole additionnel ! Donc pas de censure SVP.
Post scriptum : je suis une âme sensible un brin espiègle, soyez gentils, tout est exagéré et sans votre approbation, je l’avoue, mes larmes pourraient couler toutes seules.
Le rire jaillira plus tard, avec le temps et votre soutien,. ce rire ne dépend que de vous amis lecteurs.

M. RENAUD


En rire pour ne pas en pleurer

Le bourgeois bedonnant glisse sur la peau de banane, malicieusement jetée sur le trottoir par le marmot espiègle, le passant s’esclaffe moqueur, le gamin caché rit aux éclats en s’enfuyant, la large bourgeoise pleure offusquée, indignée.
Un gadin, une banane, un bourgeois cela est ni drôle ni triste en soi, cela est ni pas drôle ni pas triste non plus, cela est, simplement.
Pourtant l’un en pleure, un prochain en rit, un autre en pleure de rire.
Face à un tel fait, à tout fait, en tout un chacun l’écheveau de son histoire se déroule, un brin se distingue, celui-ci et pas un autre, est-ce volontaire ou imposé, conscient ou illusionné, on réagit, on s’en saisit, on pleure, on rit, on pleure de rire, on peut aussi en rire de pleurer.
Près de la porte du cabinet du pédiatre de l’hôpital, notre bébé dans les bras on attend que le médecin nous reçoive, elle s’ouvre, il nous invite à nous asseoir, nous dit très professionnel, très direct, qu’il a pris rendez-vous avec un professeur qui prendra en charge notre enfant, et nous aussi, il a une grande expérience c’est une sommité, on doit le voir demain matin à l’institut. De sa voix encore plus douce et compassionnelle il nous dit particulièrement qu’on entre dans un tunnel dont nul ne sait pas quand on ressortira ni comment, lui même n’est plus compétent pour nous alors on doit s’en remettre et faire confiance à son confrère.
Il nous reçoit dans son bureau, il ferme la porte, on ne doit pas être dérangés, il nous parle professionnel, technique, il nous dit l’état des connaissances et des recherches, franchement, crument, nous révèle le pronostic, à six mois et l’élude à deux ans, nous présente le protocole, nous le propose aussi car nous sommes les parents, souverains de la direction du jour-le-jour qui s’insinue dès lors dans notre vie. Quatre jours à l’institut puis vingt et un jours à la maison pour remonter la pente, encore quatre plus vingt et un, encore et encore.
Ma femme veille à l’institut puis reste à la maison, encore et encore, elle est accablée par la charge, submergée par la conscience des enfants, illusoire des parents, impliquée des soignants.
Moi, je me rends à mon travail, chaque matin puis chaque matin encore et encore, je suis évité, épié, murmuré, terrassé par le poids du couvercle de ce silence que nul n’ose, ne sait rompre, ni même moi.
Un matin il me parvient une affichette publicitaire sur les méfaits du tabac, elle représente un cowboy sur fond de la marque idoine, à la main une cigarette en forme de revolver, et le titre en tête d’affiche « CANCER CITY », je la découpe et colle le slogan sur le montant de l’étagère de ma paillasse. La vérité est la brulure la plus proche du soleil, c’est gonflé me dit une collègue de mes amis, elle me parle, on me reparle, la palette des sentiments, des réactions est large, elle m’est montrée.
Certains de mes collègues ont pris le parti d’en rire avec moi de l’effronterie de mon affichage, un autre a pu organiser son anniversaire car il sut ainsi qu’il pouvait m’inviter.
Un fait, disais-je plus haut, n’est ni risible ni à pleurer, il est.

P RENAUD


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